la phobie de la COVID-19 et l’incidence de la peur

22 juillet 2020

Auteur : L'interconnexion

La peur et l’anxiété sont des éléments très concrets et très normaux de l’expérience humaine, et nos réactions à ces émotions, prises isolément ou combinées, peuvent déterminer notre comportement et même façonner le cours de notre vie. Il ne fait aucun doute que la pandémie de COVID-19 a suscité une anxiété et une peur généralisées qui s’ajoutent aux effets du virus lui-même et pourraient influencer les décisions les plus fondamentales concernant notre santé – dois-je consulter un médecin ou aller à l’hôpital si je ne me sens pas bien?

Aux fins de cet article, définissons la phobie de la COVID comme le fait d’éviter de se faire soigner par peur de contracter cette maladie dans un cadre médical, que ce soit dans la salle d’attente d’un médecin, dans une clinique ou dans un hôpital. Il est certain qu’un grand nombre de personnes évitent leur médecin en ce moment. Quelle est donc l’incidence immédiate et à long terme de ce comportement sur la société et sur latarification de l’assurance vie?

Eh bien, les premières données obtenues ont confirmé une diminution de 50 à 60 % du nombre des patients souffrant de problèmes cardiaques qui se rendent dans les cliniques et les hôpitaux. Avant la COVID-19, le nombre de consultations pour des problèmes cardiaques, en particulier pour les infarctus du myocarde, fluctuait d’environ 10 % d’une année à l’autre; le contraste est donc frappant [1]. En outre, les taux globaux d’hospitalisation sont actuellement en baisse de 40 à 50 %, ce qui laisse présager que des personnes n’obtiennent pas les soins médicaux dont elles ont besoin pour diverses affections telles qu’un accident vasculaire cérébral, une maladie cardiaque ou même une appendicite. Ces chiffres sont en fait si alarmants que des organisations médicales ont publié des déclarations invitant le public à se faire soigner comme il l’aurait fait avant la pandémie [2]. Le problème est indéniable.

Quelle est donc son incidence à long terme sur la mortalité, tant dans la société que dans le monde de la tarification des assurances? Certains épidémiologistes, qui sont des spécialistes de la propagation et de l’incidence des maladies, ont commencé à prédire qu’au cours des prochaines années, le fait de retarder le diagnostic et le traitement des maladies augmentera la mortalité d’au moins 1 %, ce qui entraînera des milliers de décès supplémentaires, dont beaucoup pourraient être évités par un dépistage de routine, un diagnostic précoce et un traitement [3]. Dans le domaine de la tarification des assurances, les assureurs attribuent généralement une bonne cote aux proposants qui sont soucieux de leur santé et qui reçoivent des soins réguliers et des traitements adaptés à leurs besoins. Avec la diminution du nombre de personnes qui consultent leur médecin en raison de la phobie de la COVID, les règles de tarification pourraient se durcir radicalement. C’est là un autre exemple des effets importants et inédits de la COVID-19.

Notes et références

[1] Solomon, Matthew D. The COVID-19 Pandemic and the Incidence of Acute Myocardial Infarction, The New England Journal of Medicine, 19 mai 2020.

[2] American College of Cardiology. ACC Urges Heart Attack, Stroke Patients to Seek Medical Help, American College of Cardiology, 14 avril 2020.

[3] Sharpless, Norman. COVID-19 and Cancer, Science Mag, 19 juin 2020.

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